“Il y a 35 ans, être DJ était moins bien payé que barman” : l’interview de Joachim Garraud

par marion watier

Certains l’identifient comme étant le dernier festival de l’été et d’autres, le premier festival de la rentrée. Pas de doute, il s’agit bien d’Elektric Park ! Alors que la 12ème édition du festival se profile début septembre, son fondateur Joachim Garraud nous livre les coulisses de l’évènement.

Electro News : DJ et producteur, tu es également le fondateur de l’Elektric Park qui aura lieu en septembre prochain. Quelle était l’idée initiale en créant ce festival ?

Joachim Garraud : Vers la fin des années 2000, j’allais souvent en Australie faire des tournées de festivals de journée en plein air avec des gens déguisés, le soleil, le tout dans un lieu bucolique. En 2009, j’ai contacté le maire de Chatou en disant que j’aimerais bien pouvoir y (sur l’île des Impressionnistes) organiser une fête entre amis. Elle me l’a mise à disposition, et c’est là qu’Elektric park – qui à l’époque s’appelait Inox Park – est né, le 3 juillet 2010.

Ça s’est bien passé : on a accueilli 12 000 personnes et j’ai décidé de remettre ça l’année d’après en ajoutant une scène. La première année, j’ai pu endosser une casquette de producteur et organisateur de fête. Ça m’a permis de demander à Martin Solveig, Bob Sinclar, ou encore Eric Prydz de se produire.

La second édition de l'Inox Park à Châtou en 2011. Crédit : Jordy Pinel

La second édition de l’Inox Park à Châtou en 2011. Crédit : Jordy Pinel

Actif depuis la fin des années 80, tu es aujourd’hui considéré comme un des piliers de l’électro française. Que penses-tu de la scène électro actuelle globale et de son évolution avec les années ?

Effectivement, j’ai la chance d’être actif depuis la fin des années 80 où j’ai fait mes premiers pas notables dans la musique électro et dans la dance. J’ai eu la chance d’être DJ au Boy à Paris, qui était la première boîte techno en France. En parallèle, j’étais producteur sur une radio qui s’appelait Maxximum qui passait que de la dance. J’ai été assez baigné dans ça assez tôt.

Pour ce qui est de la scène électro actuelle, elle a pris une bonne évolution en termes de puissance. Il y a 20 ans, le métier de DJ a commencé à se démocratiser : on est passé au devant de la scène, sous les feux des projecteurs… tout en restant dans un combat pour faire vivre une musique qui était considérée comme underground.

“Je me souviens, dans les années 2000, d’être obligé d’expliquer que la musique électronique était une musique ‘fréquentable’ et que ce n’était pas uniquement un truc 100% de drogués.” , nous explique Joachim.

Archives de la radio Maxximum

Archives de la radio Maxximum (Joachim Garraud à droite)

Quand j’ai commencé, personne ne voulait de DJ. Il y a 35 ans, on était moins bien payé que le barman et encore moins bien payé que le portier. On était dans le noir, dans la cave, où personne ne voyait. Et puis, il y a eu une réelle évolution, car 30 ans après, tout le monde veut être DJ.

Plus de 30.000 festivaliers sont attendus cette année, ainsi qu’une centaine de DJs. Qu’est ce qui a fait la popularité du festival, selon toi ?

Premièrement, il s’agit du premier festival en région parisienne de journée en extérieur. Ensuite, on ne propose pas que de la techno ou que du hardcore, house, ou du commercial. Ce qui fait le succès grandissant, c’est la dimension de rendez-vous le premier week-end de septembre.

“J’étais assez content de mon coup quand les premières dates françaises de Avicii ou de Skrillex étaient à Inox Park !” , s’enthousiasme-t-il.

En somme, c’est la combinaison de nouveaux talents, en plus des gens connus et des styles de musique différents. Surtout, on a quand même un public très participatif, qui vient déguisé… Le concours du meilleur déguisement de l’année permet de gagner des places super VIP pour l’année d’après. Ce sont des petites choses, mais c’est ce qui construit l’identité et la particularité du festival, et qui nous démarque un peu des autres.

Joachim Garraud à Elektric Park 2021

Joachim Garraud à Elektric Park 2021

Petite nouveauté cette année, une mobile stage a été annoncée. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c’est ?

On a eu l’idée de transformer une remorque et d’en faire une scène qui se déplie pour faire des fêtes un peu n’importe où en plein air pour 5 000 personnes. C’est une scène plug and play : une fois ouverte, elle a le son, la vidéo, la lumière, les effets spéciaux, tout est intégré ! Ce sera la deuxième ou troisième plus grosse scène du festival.

Ton duo Avoriaz avec De Laurentis y jouera d’ailleurs son nouvel album. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce qui attend le public ?

Avoriaz est un side project que j’ai avec la productrice et chanteuse De Laurentis, que j’ai rencontré en début d’année. On a décidé de faire un peu de musique ensemble, puis un album. Avoriaz, c’est la combinaison de nos deux talents. Elle est un peu plus douce, féminine, mélodique tandis que j’apporte le côté un peu plus dark, techno et masculin. La combinaison de ces deux choses-là fonctionne vraiment bien.

Le premier titre que nous avons fait ensemble est une reprise de de New Order qui s’appelle Blue Monday.

Cette année, la Blackstage ne sera pas dédiée à ton label UndGrdMusic, mais à une programmation signée « Joachim Garraud & Friends ». En quoi cela consistera-t-il ?

J’avais envie de mélanger un peu les styles sur la Black Stage. Aussi, je voulais donner une plus grande place aux actes féminins. Leur représentation est toujours un problème dans notre profession. Je ne voulais pas faire que de l’UndGrdMusic, puisqu’il y a principalement des artistes masculins. Du coup, j’ai appelé Marie Berson, qui fait de la deep house et Marine Deringe, assez branché sur le live.

Pour le reste, ça va d’artistes comme Max – ancien de Fun Radio – qui va venir faire un set un peu trance ou encore Arkhazium, que j’ai signés sur le label mélodique. Pour compléter la liste, j’ai deux compères qui travaillent avec moi un peu au quotidien : Julien Stackler et Philippe Aelis. C’est plus varié, en style et en personnalité aussi.

Affiche de l'Elektrik Parc Festival 2022

Affiche de l’Elektrik Parc Festival 2022

Y’a t-il un ou une DJ que tu aimerais impérativement programmer sur une future édition de l’EPK?

Effectivement, j’aimerais bien programmer Eric Prydz avec son show Holo. Mais la production est assez compliquée puisque c’est un show 3D avec de la projection et au vu des horaires d’Elektric Park, on n’a pas trouvé la solution pratique pour pouvoir le faire dans des très bonnes conditions. La fenêtre de tir pour faire un spectacle de nuit qui se base beaucoup sur les visuels est assez courte.

Est-ce qu’il y aura d’autres nouveautés pour cette 12ème édition ?

On a une scène cachée et accessible avec seulement certains types de billet qui est maintenant à l’intérieur d’un espace backstage où des artistes viennent jouer ou improviser des sets. Et puis cette année aussi, on a monté pour les VIP des structures de part et d’autre de la Yellow pour être beaucoup plus proches du spectacle.

Pour ce qui est des nouveautés, on garde le principe de base des EPK. On essaie d’améliorer des choses. La production, c’est plein de petits détails pour améliorer l’expérience du public, par exemple le nombre de toilettes (rires). Au niveau artistique, je suis très, très content de la programmation, particulièrement du dimanche soir avec la closing d’Etienne de Crécy, Bombass.- la moitié de Cassius – et DJ Falcon. Ce set commun, c’est vraiment pour moi un des peak time importants pour le dimanche soir.

Elektric Park festival sur l'île des impressionnistes de Chatou

Elektric Park festival sur l’île des impressionnistes de Chatou

Merci Joachim!

L’Elektric Park aura lieu les 3 et 4 septembre à Chatou pour sa 12ème édition. Plus d’infos sur le site.

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