Tout d’abord est-il encore nécessaire de présenter le Sonar Festival de Barcelone ? L’un des festivals Electro les plus anciens d’Europe est encore revenu cette année pour sa 23ième édition, avec comme d’habitude une programmation léchée. Jonglant entre artistes inconnus et têtes d’affiches, entre énormes hangars et scènes intimistes, le festival n’a plus rien à prouver en terme de crédibilité.

De Jean-Michel Jarre à John Talabot

Quoi de mieux que de commencer la nuit de vendredi soir par l’un des personnages le plus célèbre la sphère électronique. Jean Michel Jarre fait parti de ces musiciens qui ne laissent personne indifférent : entre ses admirateurs et ses détracteurs, le compositeur est clivant et synonyme de débat, son live d’une heure et demi nous a d’ailleurs plutôt laissé pantois. Si les lasers et les visuels étaient magnifiques, les sonorités l’étaient beaucoup moins… Pire, son morceau en collaboration avec Edward Snowden nous a agacé : il nous a donné l’impression d’un certain racolage de la part de l’artiste afin de faire parler de lui, plutôt que d’un réel engouement pour les convictions de l’ancien agent de la CIA. Le morceau, mélangeant big beat faiblarde, et trance peu inspirée est décevant. Néanmoins les 45 dernières minutes de son live rehausse un peu la note : nous avons pu y entendre les meilleurs morceaux de ses albums Oxygène ou Equinoxe, qui ont fait le succès de l’artiste il y a maintenant plus de 30 ans.

Nous quittons donc mitigés la scène pour ainsi découvrir le duo Red Axes que nous ne connaissions pas du tout. Avec son live mélangeant instruments africains, vocaux brésiliens et house léchée (oui oui tout ça en même temps), c’est un vrai bol d’air frais que le duo israélien nous a apporté. Le live est travaillé et dynamique, sans la moindre nécessité de pousser les basses, les sonorités sont recherchées, le public exigeant du Sonar est conquis.

Tellement conquis que nous oublions complètement d’aller assister à la prestation de James Blake, nous choisissons donc de rester pour Flume.

A l’inverse des inconnus de Red Axes, Flume est l’un des artistes les plus connus de cet festival, et ce bien au-delà des fans d’électro. Fort de son 1er album, c’est avec son nouvel album « Skin » , sorti à peine un mois avant le Sonar que Flume viendra jouer.  Très talentueux et maniant avec aisance les sonorités de plusieurs styles en même temps, le dernier album de Flume est quand même orientée Trap plutôt cheap, Trap que l’on entend aujourd’hui dans beaucoup de morceaux dits « commerciaux ». La prestation auditive de Flume est donc agréable, mais sans réel coup de cœur, à l’image de son album. Nous filons donc un peu avant la fin du set pour pouvoir aller assister à la performance de Kerri Chandler.

Sans surprise, le natif de Chicago régale par ses choix musicaux. Alternant House à l’ancienne et petites incrustations techno, Kerri Chandler fait un sans-faute, sûrement grâce à son expérience de vétéran au sein de la musique électronique. C’est une foule entière que le dj a rendu fou quand ce morceau a retenti :

Complètement électrisés par la démonstration que nous venons de voir, nous enchainons avec le live de Kölsch. Pendant une heure et sous une pluie battante, l’allemand joue ses morceaux d’une main de maitre, ce qui a pour effet de galvaniser une foule complètement trempée mais motivée. De Opa à Goldfisch en finissant par le morceau Loreley, Kölsch ne prend certes aucun risque dans le choix de ses morceaux, mais cela peut s’expliquer par la qualité de sa musique, dont nous ne nous lassons pas des sonorités aiguës et planantes.

Epuisés mais ravis, nous clôturons cette nuit par un petit tour du côté de John Talabot puis DVS1 & Rødhåd, et enfin les Martinez Brothers. La techno est puissante, efficace, sans concession. Une mention spéciale pour le set de John Talabot, dont le choix des morceaux s’est distingué par rapport aux autres artistes jouant en même temps.

Nous partons réjouis et impatients d’aller au Sonar Days après une courte nuit de sommeil

Sonar Days : la surprise Club Cheval, la finition d’Ed Banger

Il est 17h , et c’est un orage digne des tropiques qui s’abat sur Barcelone. Cela nous permet de pouvoir découvrir une autre facette du festival que nous pouvons découvrir : Le Sonar+D, véritable laboratoires d’idées et de technologies où les dernières inventions en terme de créations musicales ou visuelles sont présentes. Nous n’hésitons pas à parcourir les différents stands, à utiliser le nouveau contrôleur de Richie Hawtin, à tester des applications qui permettent d’améliorer l’ergonomie d’Ableton. La pluie étant terminée, nous n’avons plus beaucoup de temps.

Arrivés sur la scène principale du Sonar Days, c’est avec un artiste inconnu chez nous, Troyboi, que nous commençons. La déception est grande face à ce jeune producteur : une Trap complètement banale, ni bonne ni mauvaise, digne d’un festival EDM sans saveur. Nous restons de marbre et décidons pour oublier de nous diriger vers le Sonar Dôme pour assister au live du Club Cheval.

C’est un pari risqué de choisir un live expérimental dans un bâtiment intimiste aux lumières bleutées, alors que la fête retentit à l’extérieur sous un soleil agréable. De plus, le dernier album de Club Cheval nous a déçu, et nous ne sommes pas vraiment des très grands fans de tout ce que font les membres du groupe en solo, tels Panteros666 ou Myd. Pourtant, nous sommes agréablement stupéfait du résultat : la musique du quator prend tout son sens au sein du dôme, les rythmes techno entrecoupés, les mélanges Hip-Hop sont un délice et nous rappelle que la formation des 4 français est destinée à une écoute live. Tout nos aprioris sur ce groupe se sont envolés lors de cette trop courte 1 heure et demi de performance.

club cheval

Nous arrivons rapidement à l’heure de clôture de cette édition du Sonar Days en terminant par un trio d’autres français. C’est l’heure de la Ed Banger House Party avec pour maitres de cérémonies les prolifiques Boston Bun, Para One et Pedro Winter alias Busy P. 3 personnages, 3 styles : la techno saccadée de Boston Bun, le son house-dance parfois kitsch de Para One et l’Electro Clash de Busy P aurait pu tourner à la catastrophe. C’est pourtant l’inverse qui s’est déroulé : les morceaux sélectionnés par les 3 compères étaient toutes des pépites.

Le set de la family Ed Banger n’avait pas pour but d’être cohérent, mais bien d’enchainer bombes sur bombes en dévastant tout sur le passage. On vous laisse le soin d’admirer ce spectacle avec ci-dessous l’intégralité du set filmé par Culture Box (nous cherchons encore la track s’étalant de la 57ème à la 61ème minute)

Ce set a marqué une vraie réconciliation de notre part auprès de Ed Banger, et clôture en beauté notre séjour au Sonar de Barcelone, qui reste à notre humble avis, le principal rendez-vous des amoureux de musique électronique.

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